L’IA n’a pas vécu votre histoire

Ce que l’intelligence artificielle peut apporter à une conférence… et ce qu’elle ne pourra jamais remplacer.

On m’a demandé récemment à quel point j’utilise l’IA dans l’accompagnement de mes clients conférenciers.

La réponse : beaucoup. 😏

Je l’utilise pour chercher, explorer, reformuler, challenger une idée, tester des angles. Je peux partir d’une réflexion encore un peu floue et m’en servir pour ouvrir différentes avenues, pousser une idée plus loin ou simplement voir les choses autrement. C’est un outil puissant et je serais la première à trouver dommage de ne pas m’en servir.

Mais justement : c’est un outil.

Et il y a une chose qu’elle ne pourra jamais apporter : le vécu de la personne derrière le message.

Un prompt ne créer pas de vécu

Quand on parle de vécu, on pense souvent aux grandes histoires personnelles : une épreuve, un moment marquant, une décision difficile, un événement qui a changé une vie.

Mais le vécu, ce n’est pas seulement ça.

C’est aussi une expertise développée au fil des années. Une méthode qu’on a testée encore et encore. Une façon particulière d’expliquer un concept. Ce qu’on a appris sur le terrain, les erreurs qu’on a faites, les choses qu’on ferait autrement aujourd’hui.

Le vécu se trouve autant dans ce qu’on a traversé que dans ce qu’on a appris, pratiqué, testé et compris avec le temps.

L’IA peut nous aider à mettre des mots sur tout ça, à organiser nos idées ou à chercher de nouvelles façons de les présenter. Mais elle travaille à partir de ce qu’on lui donne. L’expérience, les apprentissages, les nuances, les convictions… cette matière-là existait avant le prompt.

On ne manque plus de contenu

Depuis que l’IA est entrée dans nos façons de travailler, je remarque qu’on ne manque vraiment plus de contenu !

On peut en produire vite, beaucoup, et souvent du très bon. On peut donner un sujet à l’IA et lui demander de proposer une structure de conférence, des angles, une introduction, une conclusion, des exemples, des titres, des punchlines, même des slides…

Et soyons honnêtes : certaines propositions sont vraiment excellentes.

Le défi, maintenant, c’est plutôt de savoir ce qu’on a réellement envie de dire — et surtout, ce qui nous appartient.

Qu’est-ce que moi, je peux dire sur ce sujet que quelqu’un d’autre ne pourrait pas dire exactement de la même façon? Pourquoi est-ce que cette histoire-là est importante pour moi? Qu’est-ce que j’ai vécu, compris, raté, observé ou appris qui donne une couleur différente à mon message?

Parce qu’avoir beaucoup de contenu et avoir quelque chose à dire, ce n’est pas tout à fait la même chose.

Et c’est là, selon moi, qu’une conférence commence vraiment à prendre forme.

L’IA peut inventer une histoire. Mais pas la vôtre.

L’IA peut me proposer 100 façons de raconter une histoire. Elle peut même m’aider à la rendre plus claire, plus courte, plus drôle ou plus percutante.

Mais elle n’a pas fait le parcours de mon client. Elle n’a pas vécu les années d’expérience qui ont façonné sa façon de voir les choses. Elle n’a pas frappé les murs, pris les décisions, fait les erreurs ni appris de tout ce qui n’a pas fonctionné. Elle n’a pas vécu l’expérience.

Et elle ne peut pas voir son visage changer quand il commence à me raconter quelque chose qui, visiblement, le touche encore.

Moi, je le vois. Pas l’IA.

Une conférence se construit avec des mots mais aussi avec ce qu’une personne porte derrière ces mots.

Et si notre vécu prenait encore plus de valeur?

C’est probablement ce qui m’intéresse le plus dans toute cette transformation liée à l’intelligence artificielle.

Je ne suis absolument pas dans le camp du « il faut se méfier de l’IA et revenir comme avant ». Au contraire. Je l’utilise, j’expérimente, je m’informe et je pense qu’on va devenir de plus en plus habiles à s’en servir.

Mais plus il devient facile de produire du contenu, plus je pense que notre vécu, notre expérience et notre façon bien à nous de voir les choses vont prendre de la valeur.

Parce que si tout le monde peut générer une bonne phrase, une bonne structure ou même une bonne histoire, ce qui fera la différence, ce sera de pouvoir dire :

« Celle-là, je l’ai vécue. J’étais là. »

Je ne vois donc pas l’IA comme une menace à mon travail auprès des conférenciers. Au contraire. Je la vois comme un outil de plus dans ma boîte — et un outil extrêmement puissant.

Mais elle reste justement ça : un outil.

L’IA peut amplifier une voix. Elle ne peut pas lui inventer un vécu.

Parce qu’au bout du compte, ce qui nous distingue, c’est notre histoire. Celle que personne d’autre ne peut raconter à notre place.

— Marie-Christine D. Bouffard
Stratège créative et accompagnatrice pour conférenciers et formateurs